vendredi 16 mars 2018

Lexique Minuscule Fragmentaire et Personnel (extrait)


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Foi

Croyance en quelque chose qui n’existe que par la force de notre imagination.

A noter : il convient avant tout d’avoir foi en soi.

Fumier

Engrais à base de litières et d’excréments d’animaux (au sens figuré : personne abjecte, ordure).

Et pourtant, les plus belles fleurs poussent sur les tas de fumier.

Joie

Fou de joie
C’est juste ça
Un petit morceau de lumière
Qui doucement, s’éteint au creux de ma main

Peur

Lorsque la peur nous envahit, éviter de fuir.
Le mieux est encore de l’inviter à prendre un café chez soi, autour d’une table. Et de s’obliger à la regarder droit dans les yeux.

On s’apercevra alors que bien souvent, on est assis face à un miroir.

Vertige

Instant précis où, après être monté très haut, on prend soudainement conscience du risque de redescendre très bas.
 (...)

Extrait de "CARNET DE ROUTE" / Année zéro
A paraître chez Bookless Editions

Vertige


dimanche 11 mars 2018

Histoire de ma dent cariée (extrait)

(...)

- Ouvrez la bouche.
 Avec son espèce de poinçon en métal, il a fouillé là-dedans comme à l’intérieur d’une caverne d’Ali Baba. Très vite, la sentence est tombée :
- Je vais devoir vous l’arracher, qu’il m’a dit.
 Là, tranquille. Avec une vague nuance interrogative, au cas où j’aurais eu des velléités de rébellion ; un peu comme s’il lançait l’idée pour voir, tester ma réaction. Ambiance joueur de poker qui se dit « servi » et ne perd pas une miette des réactions de ses adversaires.
 Je n’ai pas répondu tout de suite. Il fallait d’abord que j’encaisse.
 Stoïcisme, j’écris ton nom sur mon écran intérieur. Heureusement que je suis dur au mal.
 Enfin, ça dépend pour quoi...
- Vous êtes sûr ?
- Certain. Vous risquez une infection.
 Un blanc.
- Vous préférez que je vous l’enlève tout de suite ou maintenant… enfin je veux dire, maintenant ou plus tard ?
 « Vous ne m’enlevez rien du tout ! » j’ai pensé en mon for intérieur.
 En réalité, je sais bien qu’attendre ne fera qu’empirer les choses. Que le seul choix qui s’offre à moi, c’est de tomber de Charybde en Scylla.
- Bon, d’accord… maintenant.
- Bien !
 Il y en a au moins un à qui cette perspective de mutilation file la banane.
 A nous deux, ça fait une moyenne.


A suivre dans "CARNET DE ROUTE" / Année zéro
(à paraître chez Bookless Editions)

Histoire de ma dent cariée

samedi 3 mars 2018

Vin de Bordeaux sur chemise blanche (extrait)


 Vous êtes invité à une exposition suivie d’un dîner où vous ne connaissez personne.
 La corvée.
 D’autant que votre épouse vous rejoignant directement sur place, il vous faut vous présenter seul.

 Une grande maison bourgeoise pompeuse et comme boursouflée d’orgueil – voilà, vous y êtes. Efforcez-vous de faire bonne figure. De sourire en bombant le torse.

 Commencez par confier votre manteau à un laquais.
 Saluez tout le monde.
 Dites « Bonjour Monsieur » et vous voir sèchement répliquer « Non, moi c’est Madame ! »
 Excusez-vous en arguant être « mal réveillé » (excuse malvenue en cette fin d’après-midi mais vous ne vous en rendez compte qu’après coup).
 Porté par le souci de vous montrer affable, demandez à un homme aux traits lourds et aux yeux cernés : « Et vous, vous êtes qui ? »
 L’homme réplique pince-sans-rire qu’il n’est autre que le Maître de maison. Du coup, vous voir immédiatement soupçonné d’être une sorte de pique-assiette qui aurait vu de la lumière ; s’entendre bafouiller une explication alambiquée où le frère de la belle-sœur d’une troisième personne dont vous ne vous souvenez plus le nom serait à l’origine de votre invitation.
 Après un embarrassant moment de flottement, vous voir enfin disculpé par la tante du neveu de la fameuse belle-sœur (ou quelqu’un d’approchant).
 Croire percevoir chez certains le regret de n’avoir pas le plaisir de vous expulser sans ménagement (voire manu militari).
 Donnez-vous une contenance (du moins, essayez) ; prenez une coupe de champagne et votre verre à la main, allez admirer les œuvres exposées dans une pièce aux murs blancs.

 Affichez un air de connaisseur et faites mine de vous extasier devant des trucs barbouillés accrochés au mur.
- Magnifique.
- Vous plaisantez ? Ce sont des tableaux IKEA qu’on a mis là pour meubler. L’exposition, c’est dans l’autre pièce !
 Les toiles de l’exposition sont pires encore. Trouvez plus prudent de vous abstenir de tout commentaire.
.
 Accueillir votre épouse non sans soulagement – voilà au moins une personne qui ne devrait pas vous être hostile (quoi que vos relations soient plutôt ombrageuses en ce moment). Remarquer l’accueil autrement plus chaleureux réservé à votre compagne (une très belle femme, tout le monde en a toujours convenu et cela, d’autant plus qu’en ce qui vous concerne, vous n’avez jamais été qualifié de « très bel homme »).

 Passer à table.
 D’autorité, le serveur vous fait endosser le rôle du volontaire pour goûter le vin.
 Le trouver excellent.
 Mais une fois les autres invités servis, les entendre tous se plaindre d’un méchant goût de bouchon. Prétextez avoir été enrhumé récemment, ce qui a pu nuire à vos capacités gustatives – mais personne ne vous écoute.

 Au moment où sont apportées les entrées, provoquer l’hilarité générale en confondant crabe et surimi.

 Manger la tête dans votre assiette et sans participer aux conversations. Pendant ce temps, votre femme se fait outrageusement courtiser sous votre nez par un blanc-bec éméché.
 Le blanc-bec éméché a une longue mèche de cheveux qui lui tombe devant les yeux.
 Songer aller chercher une paire de ciseaux pour couper cette fichue mèche – mais ne pas oser (ne pas oser non plus demander au blanc-bec éméché l’adresse de son coiffeur, histoire de ne jamais risquer d’y mettre les pieds).

 Le blanc-bec éméché agit exactement comme si vous n’étiez pas là. Ou comme si vous étiez transparent.

 Ce vous qui devient vite insupportable.

 Vous imaginer vous lever et d’une voix forte devant l’assistance médusée, interpeler vertement le blanc-bec éméché : « Monsieur, il suffit ! La façon dont vous entreprenez mon épouse est une offense que je ne tolérerai pas plus longtemps. J’attends vos témoins demain à l’aube. Vous me rendrez Justice ! »
 Vous souvenir que nous sommes en 2018. Et que les duels n’ont plus cours.
 Ronger votre frein en cogitant.
 Vous imaginer vous lever et d’une voix forte devant l’assistance médusée, interpeler vertement le blanc-bec éméché : « Toi, tu sors dehors tout de suite. Je vais te démolir, mon pote ! »
 Vous souvenir que le blanc-bec éméché, outre une carrure de décathlonien, vous dépasse d’une bonne tête tandis que vous n’êtes vous-mêmes pas au mieux de votre forme (un peu barbouillé, ces temps-ci).
 Envisager d’autres hypothèses.
(...)

A suivre dans "CARNET DE ROUTE" / Année zéro
A paraître chez Bookless Editions

Vin de Bordeaux Grand Cru sur chemise blanche


samedi 24 février 2018

Esprit citoyen (extrait)

 Travailler dur toute sa vie sans jamais réclamer le moindre centime d’augmentation, c’est contribuer à la compétitivité de nos entreprises – c’est faire preuve d’esprit citoyen.

 Multiplier les heures supplémentaires non rémunérées pour épauler son employeur, faire en sorte qu’il soit en capacité de faire face à une concurrence déloyale (les travailleurs des pays émergents sont payés un bol de riz et une poignée de main), c’est faire preuve d’esprit de responsabilité – donc d’esprit citoyen.

 S’impliquer dans la mise en œuvre de l’outil rénové de production (malgré le fait que ce nouvel outil va entraîner la suppression de nombreux postes), c’est participer à l’innovation et au génie de nos ingénieurs. C’est faire preuve d’esprit citoyen.

 Certes, on trouvera toujours des mauvaises langues pour crier au scandale, affirmer que la machine va remplacer l’homme et que nous sommes en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis ; il ne s’agit pas de cela mais de s’inscrire dans la marche progressiste du monde.

 Et de faire preuve d’esprit citoyen.

(...)


 Mourir trois jours après avoir pris sa retraite – donc sans creuser le déficit des caisses de retraite, c’est définitivement faire preuve d’esprit citoyen.

Extrait de "Esprit citoyen" - CARNET DE ROUTE / Année zéro
A paraître chez Bookless Editions

Esprit citoyen

L'écrivain et le chien

 Il me semble discerner un point commun entre l’écrivain qui souhaite avoir davantage de lecteurs et un chien qui urine contre un réverbère ou le pneu d’une voiture.


 Pour l’un comme pour l’autre, il s’agit avant tout de marquer son territoire.

Marquer son territoire